Rewilding France a repéré deux jeunes photographes locaux au talent très précoce. Rencontre.
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Les Alpes du Dauphiné offrent un terrain de jeu très fertile à l’imagination d’Elie et de Maël, deux graines de talent de 11 et 14 ans que Rewilding France a rencontré pour évoquer leur itinéraire original, car les deux gamins ont très tôt chopé le virus, de la nature d’abord, de la photographie ensuite.

Un parcours autodidacte
La renaturation offre un nouveau regard optimiste sur le vivant qui nous entoure, et c’est peu dire que la rencontre des deux frères est une belle bouffée d’oxygène et d’air pur. Les deux garçons sont tombés dans la marmite naturaliste depuis leur plus jeune âge. Pas vraiment par leurs parents, qui voient surtout dans la nature l’intérêt de la randonnée. Non. Si l’on doit expliquer leur rapport intime à la nature, on peut penser que c’est la proximité avec le vivant qui leur a transmis cette passion du sauvage. Habitant en pleine nature, vers le Col de la Chaudière, dans le Diois, leurs parents leur ont en effet transmis un beau patrimoine naturel.
Maël, le plus grand des garçons, a d’abord été attiré par les mammifères, avant de progressivement orienter sa passion vers les oiseaux, dont il explore la riche famille depuis quatre ans. Lui et son frère se font leur propre éducation. Ils achètent des guides naturalistes d’animaux, les lisent et apprennent au fur et à mesure les espèces qu’ils découvrent.

Un regard neuf
Et pour leur âge, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils observent la nature avec un œil bien aguerri. En randonnée dans les Pyrénées l’été dernier, Elie et Maël remarquent que les bousiers meurent au contact des bouses de vaches. Les insectes sont sur le dos, agonisant. Lorsqu’ils tentent de les remettre en selle en les remettant à l’endroit, les bousiers marchent lentement et finissent par se retourner, encore, presque morts. Quand on leur décrit notre projet de rétablissement du pâturage naturel dans un site près de chez eux, en limitant les traitements vétérinaires sur les équins et bovins dédomestiqués, ils comprennent tout de suite l’intérêt, notamment pour obtenir des excréments favorables aux bousiers et autres coprophages.

Entre œil et focale, regard objectif
Pour le matériel, les deux garçons font comme ils peuvent : à leur âge, c’est la débrouillardise qui l’emporte. Leur mère ayant un vieux boîtier qui appartenait au grand-père, Maël commence avec un objectif 18-55 mm, qu’il trouve vite limité pour faire de la photographie animalière. Sa mère lui achète donc un 70-300 mm, pas parfait, certes, mais beaucoup plus adapté à ses envies. Sa belle-mère lui achètera un nouveau boîtier un peu plus tard, ce qui permettra à Elie de récupérer le boîtier familial. Eux rêvent maintenant d’un 150-600 mm.
Si Elie et Maël s’équipent, leur œil de photographe ne prend jamais le dessus sur leur appétit de l’instant présent. Ils regardent d’abord pour admirer, avant de prendre leur boîtier pour immortaliser ces moments de grâce.
Cette passion naturaliste guide leurs choix artistiques. La photographie leur permet de rendre compte de toutes leurs rencontres. Elle énumère leurs “exploits” et leur montre l’étendu de toutes les rencontres possibles.

L’affût pour mineur : l’histoire derrière les clichés du tétras lyre
La rencontre avec les tétras lyre reste de loin leur souvenir le plus marquant. Réveil à 2 heures du matin pour se lancer dans une randonnée de deux heures pour espérer arriver sur les hauts plateaux du Vercors avant les tétras, habitués du site entre cinq et sept heures. La neige ralentit leur progression et les contraint à monter leur tente d’affût en vitesse. Les gestes sont rapides, les trépieds se règlent à la hâte, les boîtiers sont sortis en même temps que les objectifs qu’ils vissent dessus d’un geste précipité. Le temps est un allié important dans un cliché, car le photographe doit toujours garder ce laps de temps d’avance qui lui permet de saisir l’atmosphère du lieu et de se fondre (un minimum) dans la masse. Elie et Maël en sont bien conscients. Ils parlent de leur souvenir avec de l’émotion dans la voix et des étoiles dans les yeux, avec la satisfaction d’avoir leur récompense à eux : un moment partagé avec la faune sauvage.
Sur un champ dont l’horizon est dégagé, le tétras lyre ne se fait pas attendre. En pleine période de reproduction, en fin d’hiver, il se laisse observer facilement aux yeux de l’objectif des deux garçons, plantés là, à quelques mètres des coqs, captant le rouge de leurs crêtes perçant la lumière naissante des premiers rayons du soleil.

L’ascalaphe soufré, la raie manta du Diois
Notre discussion se termine sur cette photographie presque anodine, aux couleurs chaudes. Maël nous explique qu’il s’agit de l’ascalaphe soufré, un insecte qu’on trouve au printemps et en été dans les champs d’herbes sèches dans le Diois. Leurs regards subjugués voient dans cet insecte plus qu’une libellule et qu’un papillon, car l’ascalaphe soufré n’est ni vraiment l’un, ni totalement l’autre. C’est une raie manta, nous invite à penser Maël, car il ondule dans l’air à la manière d’une nage gracieuse. Il n’a d’ailleurs pu immortaliser cette rencontre qu’en attendant que l’insecte ne se pose sur une brindille d’herbe, en attendant d’avoir un 150-600 mm pour immortaliser la danse du vol…
Rédacteur : Aurélien Giraud
Rewilding France