Face au changement climatique et à l’exploitation intensive de la filière bois, nos forêts semblent marquer le coup et avoir de moins en moins de résilience. Le rewilding, par une combinaison d’actions qui intègre, entre autres, la mise en place de zones de quiétude en libre évolution, permet leur régénération naturelle.
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La liste rouge des écosystèmes forestiers en France
On connaît l’UICN pour sa liste rouge des espèces en danger. Il existe, depuis 2014, la même chose pour lister les écosystèmes en danger. Et l’UICN est même allée encore plus loin en publiant, en 2025, un état des lieux de nos forêts de montagne en France.
Résultat : la quasi totalité des 19 écosystèmes forestiers de montagne sont « menacés » (EN ou VU) ou « quasi-menacés » (NT).

Les hêtraies-sapinières subalpines, qu’on retrouve en nombre dans les Alpes du Dauphiné, n’échappent pas à ce constat : elles sont classées « en danger » (EN).
3 risques principalement identifiés
L’UICN a identifié trois principaux facteurs qui risquent d’aggraver l’état de nos forêts subalpines à l’avenir, à savoir :
- Le changement climatique, entraînant hausses des températures, sécheresses et risques de méga-incendies.
- Les coupes rases et les plantations monospécifiques, généralement à base de résineux, entraînant l’assèchement ou l’acidification des sols et accentuant les risques de gros incendies.
- L’augmentation de la fréquence des coupes, notamment initiée par le développement de la filière bois-énergie, empêchant la bonne régénération des forêts et réduisant progressivement le volume sur pied disponible et réduisant, par conséquent, les habitats pour la biodiversité.

Alors, que faire ?
Il existe d’ores et déjà des alternatives au mode de gestion « historique » de nos forêts, et de nombreux acteurs se mobilisent pour influencer les pratiques afin d’atténuer ces risques. Chez Rewilding France, nous mettons en œuvre un modèle de gestion durable des forêts qui permette de préserver la biodiversité, de régénérer naturellement les forêts et, in fine, d’aider ces forêts à faire face au changement climatique, et donc de garantir que les services écosystémiques rendus (filtration de l’eau, approvisionnement de la filière bois, loisirs, etc.) existent toujours dans 30, 50, 99 ans, à condition de mettre en place de meilleures pratiques sylvicoles.
Nous utilisons des outils comme les OREs (Obligations Réelles Environnementales) pour garantir la régénération naturelle des forêts.

Cet outil est notamment mis en place sur un premier site pilote dans le Vercors, où il établit pour les 60 prochaines années la mise en place de 3 zones complémentaires :
- Une grande zone de quiétude qui préserve la faune et la flore des interventions humaines, en particulier de la coupe de bois et de la chasse.
- Une zone de sylviculture douce, alliant exploitation forestière et préservation de la biodiversité en conservant une trame de vieux bois, en maintenant des souches hautes, en actant la conservation de tous les arbres morts sur pied et au sol, et en veillant au maintien d’une forte densité d’arbres-habitats vivants.
- Des îlots de sénescence répartis à l’intérieur même de la zone en sylviculture douce, afin d’offrir des puits de biodiversité et de favoriser la connectivité écologique.
Propriétaires fonciers, élus et l’ONF accompagnent ces initiatives et s’inscrivent ainsi dans une démarche d’intérêt général visant à s’assurer que nous puissions tous continuer à bénéficier des services rendus par nos forêts dans le futur.
Rédacteur : Aurélien Giraud
Rewilding France