Le Lynx boréal : interview de Marine Drouilly

22 décembre 2025

Rewilding France a rencontré Marine Drouilly pour parler de la sortie de son livre Le Lynx boréal aux éditions biotope.

⏱️15 minutes

Marine Drouilly est une grande férue de félins. Elle aime les défis. Partout où elle passe, elle va là où personne n’ose aller. En Afrique du Sud, où elle habite actuellement, elle laisse volontairement de côté le Parc National de Kruger, plus grande réserve animalière du pays, et choisit d’aller dans les grandes fermes extensives du Karoo où les problèmes de coexistence avec la faune sauvage se posent réellement. Dans les milieux variés où elle travaille, des déserts semi-arides aux forêts tropicales, elle voit les animaux en photo, dans ses caméras-pièges. S’il lui arrive d’en voir en vrai, c’est uniquement lorsqu’elle manipule des individus pour leur mettre un collier GPS. Ce contact avec la nature sauvage a tout son sens. Le simple fait de savoir qu’elle peut marcher dans une forêt tropicale où vivent encore pangolins géants, léopards et chats dorés l’émeut. Un jour, alors qu’elle marche sur une crête de montagne escarpée dans une zone montagneuse au nord de la ville du Cap, elle fait une rencontre impromptue. Elle entend un cri d’oréotrague, une antilope africaine, mais le brouillard l’empêche de bien voir. Pensant que sa présence dérange l’animal, elle s’éloigne, mais l’animal continue de crier. Marine relève le contenu de la caméra-piège qu’elle avait placée là quelques jours auparavant et redescend chez elle. Ce n’est qu’en visionnant les images sur son ordinateur qu’elle comprend la scène : un des très rares léopards du Cap était passé quelques minutes avant elle. Et le cri qu’elle entendait était bien l’alarme d’un oréotrague effrayé par le grand prédateur… 

👉 Lien vers le livre : Le Lynx boréal

 

Lynx en pleine chasse dans la neige.
Lynx aperçu en pleine chasse en Laponie suédoise.
Daniel Allen

 

Rewilding France : Est-ce que tu peux nous rappeler un petit peu ton parcours ? 

Marine Drouilly : Je suis originaire de Champagne dans l’Aube, près de Troyes. J’ai fait mes études à Paris et j’ai ensuite travaillé un peu partout dans le monde pendant cinq ans en tant que biologiste de terrain, avant de débuter une thèse de doctorat sur les interactions entre éleveurs de bétail et prédateurs en Afrique du Sud. Puis, j’ai rejoint la SFEPM (NDLR : Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères) pour développer un plan d’actions sur le lynx boréal en 2018. J’ai ensuite été recrutée par Panthera, une organisation internationale qui œuvre pour la conservation des félins et de leurs habitats à travers le monde en 2020 pour travailler sur le retour du léopard en Arabie saoudite, avant de m’intéresser aux félins d’Afrique centrale et de l’Ouest. Je supervise également bénévolement les actions sur le lynx boréal des salariés de la SFEPM. 

 

RF : Qu’est-ce qui t’a amené sur la piste du lynx ? 

MD : J’ai rencontré Patrice Raydelet* du Pôle Grands Prédateurs alors que je faisais ma thèse sur les conflits entre éleveurs de petit bétail et carnivores tels que le chacal, le caracal et le léopard en Afrique du Sud. Patrice est un passionné d’animaux en tout genre et, en bon jurassien, un passionné de lynx ! C’est lui qui m’a ouvert la voie vers cet animal… C’est d’ailleurs lui qui a soufflé mon nom à la SFEPM pour rédiger le PNCL (NDLR : Plan National pour la Conservation du Lynx boréal). 

*Patrice Raydelet est un auteur, photographe, réalisateur et conférencier engagé dans la préservation de la nature, également fondateur du Pôle Grands Prédateurs. 

 

RF : L’étape suivante, c’est donc un livre… 

MD : Oui, j’ai pu rencontrer Jean-Yves Kernel, le Directeur des éditions Biotope, via un ami de Rewilding Europe, Fabien Quétier, qui travaillait à l’époque chez eux.  Le premier PNA pour le lynx se termine bientôt, en 2026, et c’était donc l’occasion d’actualiser nos connaissances sur l’espèce, pour préparer l’arrivée d’un second plan (NDLR : le Plan National d’Action en faveur du lynx boréal pilote les efforts de préservation de cette espèce et couvre la période 2022-2026). 

*Fabien Quétier est Coordinateur auprès des équipes locales pour Rewilding Europe, il supervise notamment notre propre territoire, les Alpes du Dauphiné, couvertes par Rewilding France, et a anciennement travaillé pour Biotope en tant que Directeur d’études. 

Lynx en couverture du livre de Marine Drouilly Le Lynx boréal
Le Lynx boréal, livre de Marine Drouilly aux éditions biotope et co-financé par Rewilding France

 

RF : C’est un livre qui propose un plan d’action pour le lynx ? 

MD : Non, le PNA est fait pour ça. Le livre se décompose en trois grandes parties : une grande partie sur la présentation du lynx ; une partie sur son écologie et sa biologie, qui parle notamment des interactions avec le milieu et les autres espèces ; et une partie sur nos relations avec le lynx. Cette dernière partie est pour moi la plus importante dans le contexte actuel.  

Habitat du lynx, extrait du livre Le Lynx boréal de Marine Drouilly
Extrait du livre Le Lynx boréal de Marine Drouilly aux éditions biotope et co-financé par Rewilding France

 

RF : Pourquoi ? 

MD : Nous n’avons aucun livre en français qui fait le bilan des réintroductions du lynx à travers l’Europe et de nos relations avec cette espèce de la Préhistoire à aujourd’hui. C’est la partie que j’ai le plus aimé écrire. Un de mes relecteurs scientifiques m’a même dit : “Waouh, t’as écrit une bible sur le lynx !”. C’est peut-être trop long, mais c’est bourré d’informations pour qui est passionné. 

Phylogénie du lynx, extrait du livre Le Lynx boréal de Marine Drouilly
Extrait du livre Le Lynx boréal de Marine Drouilly aux éditions biotope et co-financé par Rewilding France

 

RF : Quelle a été ta démarche pour écrire sur un animal que tu n’as jamais vu ? 

MD : J’ai passé en revue tous les articles scientifiques et rapports qui parlaient de près ou de loin du lynx sur toute son aire de distribution. J’ai même traduit des articles en russe ! J’ai beaucoup parlé avec les experts étrangers de l’espèce pour ne pas mentionner que les recherches menées en France. J’ai ensuite fait relire et corriger chaque partie de mon livre par un expert scientifique. L’éditeur et son équipe ont également fait plusieurs relectures.  Les informations ont donc été scrupuleusement vérifiées. Même si je n’ai jamais pu voir de lynx dans la nature, n’habitant pas dans son aire de répartition, je l’ai déjà pisté ! Je suis allée sur le terrain avec Patrice Raydelet. On a trouvé des empreintes et, bien sûr, des crottes. On les a d’ailleurs échantillonnées pour la SFEPM qui gère la collecte de ces échantillons qui sont ensuite analysés pour étudier la génétique de l’espèce en France. J’ai également accompagné plusieurs acteurs du PNCL comme Jérôme Bailly et Christian Frégat pour relever des pièges photos où les lynx étaient passés.  

 

RF : Qu’est-ce qui t’attire autant chez le lynx boréal ? 

MD : Je suis très intéressée par les carnivores en général. Je trouve que les félins sont de très beaux animaux, mystérieux et finalement pas si bien connus. Et puis, ils concentrent à peu près tous les défis que l’on a à relever en conservation aujourd’hui : ce sont des animaux qui sont strictement carnivores, qui ont de grands domaines vitaux, dont les milieux sont de plus en plus fragmentés ; ils rentrent en contact avec les humains, ce qui génère des conflits ; et ils sont importants culturellement, ce qui les rend notamment sensibles au commerce international illégal. 

 

RF : Comment expliques-tu que le lynx ait parfois mauvaise presse en France ? 

MD : Les gens ne sont pas indifférents aux félins : soit ils les adorent, soit ils les détestent. Et c’est ça que j’aime étudier. Voir toutes les émotions qu’ils génèrent en nous et comprendre comment cela se traduit en termes d’attitudes et de comportements. Le lynx chasse principalement le chevreuil et le chamois en France, et c’est ce qui lui cause d’être parfois mal perçu par les chasseurs qui le voient comme un concurrent.  

 

Une femelle lynx avec son bébé, photographiés en Norvège
Une femelle lynx en compagnie de son bébé, à qui elle devra bientôt apprendre à chasser
Staffan Widstrand

 

RF : De quoi a-t-on peur exactement ? 

MD : De sa prédation sur le gibier pour les chasseurs et sur le bétail pour les éleveurs. Dans les faits, les déprédations sont peu nombreuses : c’est 100 à 120 moutons par an pour toute la population française de lynx. Et c’est à mettre en perspective avec le fait que c’est surtout ciblé sur quelques exploitations mal protégées, voire pas protégées du tout. Il y a quelques éleveurs qui ont des petits troupeaux dans des parcelles éloignées les unes des autres et enclavées dans le milieu forestier, dans le cœur de l’habitat du lynx au niveau du Massif jurassien. Ces troupeaux peuvent facilement être attaqués. Un éleveur qui découvre ses moutons tués par un lynx peut ressentir une forte détresse psychologique, de la colère, de l’impuissance, donc c’est un sujet complexe qu’il ne faut pas négliger, même si le nombre de moutons tués est faible.  

 

RF : Le lynx n’est d’ailleurs pas considéré comme un sujet problématique de la part de la FNO (NDLR : la Fédération Nationale Ovine), tu confirmes ? 

MD : Les échanges que j’avais eus avec la FNO lorsque j’écrivais le PNCL avaient été tout à fait raisonnables et je n’ai pas eu l’impression de gens fondamentalement anti-lynx. Le plus gros travail à faire aujourd’hui en France, c’est avec les chasseurs.  

 

RF : Quand on regarde les chiffres sur la population de lynx boréal, on voit qu’il y en a 9 500 en Europe, mais seulement 200 individus environ en France*… Le lynx et la France, c’est une histoire d’amour contrariée ? 

*Source : www.notre-environnement.gouv.fr, page sur les grands prédateurs (dernière mise à jour le 6 juillet 2023) 

MD : Le lynx boréal ne connaît pas nos frontières humaines, il ne s’arrête même pas aux frontières d’un continent. Il habite une grande partie de la Russie, en Chine, en Mongolie, en Asie centrale… Il nous relie à des civilisations et des paysages qui nous sont totalement étrangers. Quand on regarde dans chaque région d’Europe et d’Asie où il est présent, il est très souvent en danger, même si à l’échelle globale, il est considéré comme “préoccupation mineure” sur la Liste rouge de l’UICN (NDLR : Union Internationale pour la Conservation de la Nature) du fait de sa grande distribution géographique. Comme il est présent dans beaucoup d’endroits, les gens ont tendance à penser que tout va bien, mais en Europe de l’Ouest, le lynx est présent au sein de petites populations isolées avec un nombre d’individus fondateurs très faible donc il y a tout de suite un problème général qui se pose : la faible diversité génétique. 

 

RF : Comment peut-on diversifier génétiquement des populations qui sont isolées et qui ont des zones d’habitat fragmentées ? 

MD : Il faut déjà effectuer un travail sur la restauration des corridors écologiques, pour permettre aux lynx de ces populations de se déplacer et de se rencontrer. Dans un second temps, une fois que la connectivité de l’habitat est restaurée ou en cours de restauration, on peut effectuer des relâchés de lynx pour apporter de nouveaux gènes, et même réintroduire l’espèce dans des zones permettant de faire le lien entre populations. Cela peut se faire en utilisant des lynx issus de programmes de reproduction en captivité. L’EAZA (NDLR : Association Européenne des Zoos et Aquariums) a génotypé tous les lynx présents dans les zoos européens et ils se sont rendu compte que la diversité génétique était identique à celle des lynx sauvages dans les Carpates. Résultat : utiliser des individus issus de zoos pour ces relâchés et programmes de réintroductions permettrait d’éviter d’affaiblir la population des Carpates. Des discussions ont également lieu à l’échelle de l’Europe pour utiliser les lynx qui ont été capturés à l’état sauvage et soignés en centres de soins, suite à des accidents ou à des tentatives de destructions illégales par exemple, pour renforcer des populations existantes ou en créer de nouvelles. 

 

RF : Et pourquoi ne pas relâcher directement les lynx des zoos ? 

MD : On aimerait bien pouvoir le faire, hein ! Mais il faut aussi prendre en compte la capacité de l’animal à s’en sortir par lui-même une fois en liberté. Un lynx de zoo s’est souvent habitué à la présence de l’homme et l’associe à la nourriture qu’il reçoit sans avoir besoin de chasser. Cela pourrait créer des conflits et des risques accrus de destructions illégales de ces lynx. La Pologne a relâché une centaine d’individus récemment en Poméranie, tous issus de zoos. Disons que c’est une autre approche par rapport à l’Europe occidentale, où l’on réintroduit à plus petite échelle, généralement une vingtaine d’individus. 

 

Rewilding Oder Delta, réintroduction de lynx dans la nature
Réintroduction d’un lynx dans l’Oder Delta, à la frontière germano-polonaise, par les équipes de Rewilding Oder Delta
Neil Aldridge

 

RF : Et où sont nos lynx à nous, en France ? 

MD : Principalement dans les départements du Jura, de l’Ain et du Doubs. Des lynx sont suivis dans le sud de la Chartreuse et il y a même quelques individus qui passent Grenoble puisque des lynx ont été observés au niveau du massif des Écrins. On sait qu’il y a quelques individus dans les Alpes du Nord et dans les Alpes du Sud, souvent des mâles qui sont en dispersion. Ils couvrent des distances plus importantes que les femelles et leurs capacités de franchissement d’obstacles sont plus importantes. Il y a aussi des fronts de colonisation, avec quelques individus en Saône-et-Loire, ou dans la Haute-Marne par exemple. 

 

RF : De quoi envisager une présence dans les Alpes du Dauphiné à terme ? 

MD : À l’heure actuelle, ce sont principalement des mâles qui colonisent ces fronts, donc ça paraît compliqué sans coup de pouce et sans amélioration de la connectivité entre habitats favorables.  Comme cela a été fait ailleurs, il faudrait apporter quelques femelles sur le territoire pour commencer à constituer une vraie population. Mais avant cela, il faudrait préparer les gens à un potentiel retour. Sans acceptation sociale de l’espèce, on risque un échec et la destruction illégale des individus relâchés. 

 

Carte de la DREAL extraite du PNA Lynx 2022-2026
Le lynx pourrait s’installer durablement dans les Alpes du Dauphiné

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RF : Oui, parce que sans cela, les mâles doivent revenir sur leurs pas à la saison des amours ? 

MD : Exactement, et ils risquent d’être victimes de collisions routières. Malheureusement, c’est comme ça qu’on sait que ces mâles existent parfois, parce qu’on les retrouve accidentés sur la route. C’est ce qui s’est passé dans les Écrins, et en Haute-Saône aussi… 

 

RF : Est-ce que le contexte politico-social français te semble favorable au lynx ? 

MD : Ce qui est sûr, c’est que rien ne pourra être fait sans les pouvoirs publics. Il faut que le prochain PNA de 2027 intègre les résultats de l’ESCO, l’Expertise Scientifique COllective qu’ont menés conjointement le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) et l’OFB dans une approche interdisciplinaire mêlant écologie et sciences humaines et sociales. Leurs recommandations sont claires : amélioration de la connectivité écologique, renforcements/réintroductions de populations de lynx et diminution des destructions illégales et des collisions. 

 

RF : On imagine souvent le lynx comme un animal solitaire. Est-ce qu’il lui arrive de vivre en société ? 

MD : Les femelles ont de plus petits territoires que les mâles et ces territoires se chevauchent souvent, mais cela dépend de nombreux facteurs. Les territoires des mâles adultes ne se chevauchent presque jamais, alors que dans le territoire d’un mâle, il peut y avoir celui de plusieurs femelles et de subadultes – mâles ou femelles. L’émancipation des jeunes a lieu vers dix mois. Ils quittent ensuite le territoire de leur mère : c’est la dispersion. Les femelles dispersent souvent “de proche en proche”, en trouvant un territoire juste à côté de celui de leur mère, tandis que les mâles partent explorer plus loin. C’est assez typique chez les grands carnivores. 

 

RF : Le lynx accepte donc la vie en communauté pendant les phases d’accouplement et des premiers mois de vie des petits. Est-ce qu’il reste solitaire le reste de l’année ? 

MD : C’est une croyance répandue, à mon avis surtout par faute de matière scientifique sur leur comportement social. On observe de plus en plus de comportements de rapprochement en dehors de ces phases-là, par exemple de mâles qui visitent les femelles jusqu’à la mise bas, parfois même jusqu’à ce que les petits soient capables de sortir de la tanière. L’APACEFS (NDLR : Association des Protections Alternatives pour la Cohabitation de l’Elevage et de la Faune Sauvage) a observé plusieurs individus ensemble dans l’Ain, en dehors de la période de reproduction, peut-être pour faire un bout de route ensemble (rire). Et ça, on l’a vu chez d’autres félins dit “solitaires” comme le jaguar, donc oui, ils sont principalement solitaires, mais il y a quand même des interactions sociales possibles ! 

 

RF : Comment est-ce qu’on arrive à savoir tout cela sur un animal qui se laisse difficilement observer ? 

MD : De manière générale, le suivi se fait essentiellement par pièges-photos et par l’utilisation de colliers VHF et GPS que l’on pose sur les animaux pour une période de temps donnée (NDLR : les colliers VHF, Very High Frequency, ont l’avantage d’être moins chers et plus légers que les colliers GPS , mais sont moins précis, d’où la nécessité de mélanger les deux types de colliers). Ces techniques sont assez récentes et c’est pour cela que l’on découvre encore de nombreux comportements que l’on ignorait, même chez des espèces que l’on a l’impression de bien connaître. Et c’est ce qui fait la richesse de notre métier de biologiste de terrain, c’est qu’il y a toujours plein de nouvelles choses à découvrir, plein de comportements qu’on ne soupçonnait pas au départ et qu’on va pouvoir mettre en lumière. 

 

RF : Tu as senti qu’il te manquait certaines données pour pouvoir écrire ce livre ? 

MD : Oui bien sûr, il manque toujours des données. Et encore, le lynx c’est l’un des félins les mieux étudiés. Mais tu vois, par exemple, il n’y a que deux ou trois études au monde qui parlent de l’interaction entre les loups et les lynx. C’est très peu documenté. Beaucoup de gens supposent qu’il y aura une compétition directe, où les deux prédateurs vont se chasser mutuellement ou que l’un va prendre le dessus sur l’autre. Mais quand on regarde en Afrique par exemple où il y a des guildes avec parfois cinq, six, voire sept prédateurs dans un même habitat, on s’aperçoit qu’il y a des mécanismes que les espèces mettent en place pour permettre leur coexistence, par exemple en utilisant des milieux légèrement différents ou à des moments de la journée qui ne sont pas les mêmes. Les espèces proies consommées sont aussi parfois différentes. Les loups et les lynx ne mangent pas la même chose (NDLR : les loups, chassant en meute, vont préférer s’attaquer à des cerfs et des sangliers, là où le lynx a une nette préférence pour le chevreuil et le chamois). Ils ont des pics d’activité qui diffèrent un peu, même si les deux peuvent être nocturnes. Je pense qu’ils pourront tout à fait coexister, comme en Russie ou en Europe du Nord, même si des interactions ponctuelles et de la compétition restent tout à fait possibles… 

 

RF : Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour ton livre ? 

MD : Qu’il devienne l’ouvrage de référence en français sur le lynx, ce serait chouette ! J’espère toucher le grand public, c’est sûr, et notamment intéresser les chasseurs, car il y a pas mal d’informations qui les concernent directement dans ce livre. Le chargé de mission de la Fédération Départementale des Chasseurs du Jura (FDC 39) a d’ailleurs écrit un encadré dans le livre, comme de nombreux autres experts. Je souhaite que ce livre puisse rassembler et qu’on arrive à travailler ensemble pour la conservation du lynx et une meilleure coexistence avec les activités humaines. 

 

Rédacteur : Aurélien Giraud
Rewilding France 

Le Lynx boréal de Marine Drouilly