L’objectif du programme co-financé par l’Initiative Homme Faune Sauvage est d’anticiper et de suivre le retour du lynx boréal dans les secteurs Nord Belledonne, Maurienne, Sud Belledonne, Oisans, Taillefer & Trièves.
Le lent rétablissement de la population de lynx en France
De l’extinction de l’espèce il y a plus d’un siècle…
Le lynx a progressivement disparu du territoire entre le XVIIème et le début du XXème siècle. En cause, la déforestation massive au profit de l’expansion des populations humaines, qui a détruit son habitat mais aussi entraîné la disparition de ses proies sauvages. Le lynx a également souffert de la chasse et du braconnage, notamment pour le commerce de sa fourrure et autres produits dérivés alors considérés comme thérapeutiques. Par ailleurs, et comme les autres grands prédateurs, le lynx a longtemps été persécuté à cause de son image majoritairement négative auprès des populations.
… à un timide retour sur le territoire français
Son retour en France a lieu spontanément dans le massif jurassien, à la suite d’un programme de réintroduction mis en place en Suisse dans les années 1970. Le premier individu est détecté dans l’Ain en 1974. Cette expansion a été possible dans des habitats forestiers favorables, ayant notamment bénéficié du retour de ses principales proies : chevreuil et chamois. Le seul épisode de réintroduction en France a eu lieu dans les Vosges entre 1983 et 1993, où 21 individus ont été relâchés. Hélas, et malgré d’importants moyens mis en place, ce projet a rencontré de nombreuses difficultés, en grande partie liées à sa faible acceptation auprès des communautés locales, avec une population réduite à quelques mâles dans les années 2010.
Aujourd’hui, la population française de lynx compte moins de 200 lynx, avec une dynamique d’expansion géographique relativement faible.
Quatre menaces ont été identifiées par le Plan National d’Action Lynx

Mortalité par collision
7 lynx / an y perdent la vie
Risque souvent sous-estimé, les accidents de la route sont malheureusement trop fréquents lorsqu’un lynx souhaite traverser une infrastructure humaine pour rejoindre deux espaces de vie. Nos routes traversent leurs territoires, tandis que nos villes peuvent constituer un véritable frein à la dispersion.

Destruction illégale
Difficile à estimer en volume
Première cause de mortalité lors de la réintroduction d’individus dans les Vosges, les destructions illégales peuvent être un vrai frein aux programmes de renforcement de populations.

Viabilité sanitaire et génétique
Risque de consanguinité accru
La faible taille des populations, estimées à moins de 200 individus en France et le fait qu’elles soient relativement isolées les unes des autres ne facilitent pas la diversification génétique, importante pour améliorer le taux de survie.

Fragmentation de l’habitat
Risque de plus faible dispersion et de collision, ce qui entretient d’autres menaces (génétique et mortalité)
Les forêts des massifs accueillent des populations de lynx mais restent fragmentées, ce qui rend la dispersion d’individus plus difficile.
Pour Rewilding France et l’Observatoire des Carnivores Alpins (OCA), le constat est clair : le lynx survit plus qu’il ne prospère en France.
Genèse du programme
L’Observatoire des Carnivores Alpins
Association bénévole d’observateurs de terrain, l’OCA vise à mieux connaître les populations de carnivores sauvages de l’Arc alpin français en identifiant les besoins de connaissances, en développant et mettant en œuvre des programmes de suivi, puis en analysant et valorisant les données collectées. Dans cette dynamique, l’OCA contribue également à une mise en réseau des informations en assurant la remontée des données produites vers le réseau Loup-Lynx coordonné par l’OFB et les structures impliquées dans le Plan national d’action Lynx, qui bénéficieront de données renforcées et mieux structurées sur un secteur clé, encore peu documenté.
Suivi des fronts de colonisation possibles du lynx vers les Alpes du Sud
Depuis la fin des années 70, le lynx boréal recolonise naturellement le massif du Jura français et s’étend vers les Alpes en progressant à travers divers massifs, comme Belledonne ou la Chartreuse. L‘OCA constate depuis 2019 une recrudescence des apparitions du chat forestier dans le secteur, ainsi que l’apparition de 2 lynx en 2024 dans le massif de Belledonne. Animal très discret, ses observations sont rares et son suivi repose sur la collecte opportuniste d’indices de présence (empreintes, fèces, poils) et sur la pose de caméras-pièges, qui peuvent également permettre l’identification des individus. .
Le massif de Belledonne représente un couloir potentiel pour la dispersion et l’installation de l’espèce vers les Alpes du Sud. Cette hypothèse repose sur la détection de plus en plus régulière d’indices de présence de lynx boréal sur le territoire par l’OCA.
La possibilité d’une expansion de l’espèce vers les Alpes du Sud nous a motivé à travailler en collaboration avec l’OCA pour mutualiser les efforts de suivi participatif du Nord du massif de Belledonne jusqu’au Trièves. Le retour des grands prédateurs, dont le lynx fait partie, et son anticipation par la sensibilisation du grand public sont des axes de travail majeur de Rewilding France.
Nos trois axes d’actions

Documenter les fronts de colonisation du lynx
Mutualiser les données, organiser et animer le réseau, collecter les indices de présence du lynx par les différentes méthodes, en collectant les traces du passage du lynx : poils, empreintes, fèces, ou bien en regroupant les photographies prises par les caméras-pièges qui se déclenchent au passage d’un individu ou, plus rarement, par l’observation directe.

Suivre sa progression de manière participative
Animer le réseau des bénévoles qui souhaitent alimenter la base de données et partager leurs images issues de leurs caméras-pièges et leurs observations terrain.

Sensibiliser les habitants au retour de l’espèce
Organiser des journées de sensibilisation sur la thématique du lynx dans les 6 communes identifiées par notre projet : ateliers réunissant toutes les parties prenantes (chasseurs, éleveurs, élus, naturalistes, guides et accompagnateurs de montagne), animations pour des groupes scolaires, expositions photos, balades à la recherche d’indices de présence du lynx et ciné-débat autour d’un documentaire sur le lynx.
Notre suivi s’effectue en complémentarité de celui effectué dans le Vercors par la SFEPM et Mille Traces.
La sensibilisation comme méthode d’anticipation des conflits
Écouter et travailler en concertation
Naturalistes, éleveurs, chasseurs, forestiers, élus et habitants ne perçoivent pas tous de la même manière le retour d’un grand prédateur comme le lynx. C’est pourquoi il est indispensable d’écouter et de recevoir les inquiétudes des différentes parties prenantes.
La cohabitation du lynx avec les activités humaines peut soulever des interrogations.
Cette initiative a pour but de préparer le terrain grâce à des actions de sensibilisation. Ainsi, l’adhésion des communes, de ses habitants et acteurs locaux est essentielle car elle permet d’étendre le réseau de prospection, de maintenir sa dynamique et d’impliquer concrètement différentes parties prenantes. Enfin, la sensibilisation permet d’améliorer la connaissance de l’espèce, de ses comportements et de ses rôles écologiques, dans le but de favoriser une coexistence apaisée et durable.
Anticiper les conflits
L’anticipation de potentiels conflits d’intérêt est le facteur clé de réussite des cas de coexistence avec la faune sauvage.
Sensibiliser le public
Au programme de nos journées de sensibilisation :
- Atelier de discussion pour créer une plateforme d’échange regroupant toutes les parties prenantes locales ;
- Jeux et animations sur la thématique du lynx dans les écoles ;
- Balade à la recherche d’indices de présence du lynx (poils, fèces, empreintes) et collecte d’images d’une caméra-piège ;
- Exposition photo pour comprendre le lynx boréal ;
- Ciné-débat avec la projection d’un documentaire sur le lynx, suivi d’une discussion animée par l’OCA et Rewilding France.