Premier site pilote de Rewilding France : un accord ambitieux qui fait figure de référence en matière de gestion des forêts naturelles en France

12 mai 2026

Sur le plateau du Vercors, nous venons de signer un accord novateur avec la commune de Die visant à laisser la nature se régénérer naturellement dans leur forêt pendant au moins 60 ans, marquant ainsi un tournant majeur dans la gestion des forêts communales.

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Une ORE signée par la mairesse de Die et par notre directeur, Olivier Raynaud permettra de protéger et de restaurer la forêt communale dans les Alpes du Dauphiné.
Aurélien Giraud / Rewilding France

 

L’heure du changement 

Le site de renaturation est une hêtraie-sapinière située dans le sud-est de la France, à Vassieux-en-Vercors, dans le Parc naturel régional du Vercors, réputé pour la diversité de ses habitats et sa faune abondante, notamment de loups, cerfs, chevreuils et chouettes de Tengmalm.

Située au pied du Vercors, la commune de Die possède une forêt communale très productive de 432 hectares sur le plateau du Vercors, gérée exclusivement par l’Office national des forêts (ONF) à travers l’exploitation forestière, la plantation et l’entretien des chemins forestiers, tandis que la ville s’occupe de la location des droits de chasse.

Mais si les pratiques de gestion passées ont permis une certaine régénération de la forêt, elles ne sont pas dimensionnées pour assurer la transition de cette forêt face aux effets du changement climatique ; au vu de l’augmentation inéluctable des températures, les conditions climatiques futures ne permettront pas à la hêtraie-sapinière de se développer dans les décennies à venir.  

Face à ce constat, deux options s’offraient aux élus de la commune de Die pour les orientations futures de gestion : continuer à exploiter l’intégralité de la forêt et intervenir lourdement pour assurer un renouvellement de la ressource, ou adapter les mesures de gestion pour favoriser une régénération naturelle et diversifier les essences présentes à moindre coût. 

L’ONF facturant ses services, la commune tire peu de bénéfices de l’exploitation forestière une fois les coûts déduits. Avec d’autres associations locales, nous avons donc fait part de nos inquiétudes quant au fait que les pratiques d’exploitation traditionnelles n’étaient pas adaptées aux conditions futures et augmentaient la vulnérabilité de la forêt face aux effets du changement climatique, soulignant la nécessité d’explorer d’autres modèles de gestion.

 

Wolf running across hillside in the Dauphiné Alps, France.
Loup
Luca Melcarne
Roe deer in the Dauphiné Alps, France.
Chevreuil
Nelleke de Weerd / Rewilding Europe
Pygmy owl portrait, Bieszczady Mountains, Eastern Carpathians, Poland
Chevêchette d’Europe
Grzegorz Lesniewski

 

« En tant qu’élus, nous défendons une vision selon laquelle la forêt n’est pas seulement une ressource à court terme, mais un patrimoine vivant que nous avons le devoir de transmettre aux générations futures », déclare M. Belvaux. « Nous sommes convaincus que la résilience de notre forêt face au changement climatique dépendra du renforcement de son caractère naturel et de la libre expression des processus naturels. Notre objectif n’est pas de « protéger pour le simple plaisir de protéger », mais plutôt de trouver une approche équilibrée qui profite à la fois à l’écosystème et à la commune. » 

 

Laisser de l’espace à la nature 

Des discussions ont été initiées dès 2022 par des élus de Die, à l’initiative du groupe de travail forêt de la commune. Parmi les participants figurait Éric Belvaux, alors adjoint au maire, qui a joué un rôle clé dans la conclusion de l’accord. 

Les personnes en charge de l’étude de faisabilité réalisée sur le territoire des Alpes du Dauphiné – étude à l’origine de la création de Rewilding France – ont rencontré ces élus et ont milité en faveur d’un modèle de gestion favorisant la régénération naturelle et intégrant de la mise en « libre évolution », comme une étape pragmatique vers une gestion forestière davantage axée sur la nature. Ce principe est au cœur de nombreuses initiatives françaises de renaturation et consiste à laisser les écosystèmes se rétablir et s’adapter au changement climatique avec un minimum d’intervention humaine. Outre la protection des arbres contre l’exploitation forestière et la création d’une « trame de vieux bois », nous avons également établi des îlots de sénescence pour augmenter les volumes de bois mort sur pied et au sol. La nature disposera ainsi de l’espace et de la liberté nécessaires pour se régénérer, renforçant à la fois la biodiversité et la résilience climatique. 

 

Une première étude est déjà en cours pour analyser la régénération naturelle des jeunes pousses de hêtres face à l’abroutissement des chevreuils.
Aurélien Giraud / Rewilding France

 

Un accord novateur 

Après plusieurs années passées à rassembler les principales parties prenantes, nous avons réussi à trouver une solution acceptable pour toutes les parties. Nous avons signé une Obligation Réelle Environnementale (ORE) avec la commune de Die en mars. Ce contrat juridiquement contraignant couvre les 60 prochaines années sur l’ensemble des 432 hectares. 

L’ORE garantit qu’un quart de la forêt communale sera réservé à la libre évolution, environ 80 hectares où l’exploitation forestière et la plantation sont totalement suspendues, et 10 hectares supplémentaires d’îlots de sénescence disséminés dans le reste de la forêt. Ces îlots constituent des refuges pour la faune sauvage et des habitats établis, où la nature est laissée en libre évolution au sein d’une forêt par ailleurs activement gérée. 

De plus, la mairie de Die a conclu un accord avec la communauté des chasseurs pour ne pas chasser sur ces 90 hectares. L’ORE contraint également l’ONF à promouvoir la biodiversité par des pratiques sylvicoles douces sur les 342 hectares restants, ce qui implique de laisser sur place tout le bois mort sur pied et au sol, les souches sur pied et une plus grande densité d’arbres habitats sur les sites exploités. Cette approche marque une rupture avec la sylviculture traditionnelle et montre comment il est possible de créer un espace pour les processus naturels au sein d’une forêt productive appartenant à la municipalité.

 

Le bois mort lui aussi espèce clé de voûte
Le bois mort est une source indispensable de nourriture, d’habitat et de lieu de reproduction pour des centaines d’espèces.
Jeroen Helmer / ARK Rewilding Netherlands

 

De nombreux avantages pour les habitants 

Un autre volet de cette initiative consiste à rénover une cabane forestière appartenant à la ville et situé au cœur de la forêt. Grâce au soutien financier du Parc naturel régional du Vercors et de la municipalité et grâce à la participation d’associations locales de défense du patrimoine historique et culturel vassivain comme VESPA, la cabane sera transformée en un espace de rencontres d’où partira un sentier pédagogique qui permettra aux visiteurs, randonneurs et groupes scolaires de mieux comprendre cette approche de gestion forestière « plus proche de la nature » en France. Le sentier serpentera autour de deux de nos îlots de sénescence.

Rewilding France s’est engagé à réaliser une évaluation écologique de la forêt, à mettre en place un suivi à long terme de l’impact de ces mesures de gestion (évolution de la fonctionnalité de l’écosystème) et à verser à la municipalité un dédommagement annuel pour compenser la perte de revenus liée à l’exploitation forestière.

 

Cabane des Trois frères
Aurélien Giraud / Rewilding France
Entrée de la cabane en cours de rénovation
Aurélien Giraud / Rewilding France
Îlot de sénescence près du sentier pédagogique.
Aurélien Giraud / Rewilding France

 

L’avenir des forêts françaises 

Cette convention phare conclue entre la commune de Die et Rewilding France montre que les mentalités en matière de gestion forestière évoluent en France et que des approches alternatives, davantage axées sur la nature, peuvent être mises en œuvre concrètement. L’ONF s’est approprié l’approche de « libre évolution » dans la forêt de Die, ce qui constitue un signe encourageant indiquant que ce modèle de gestion pourrait être adopté au-delà de la durée de la convention et sur d’autres sites à travers le territoire. Des élus d’autres communes se renseignent déjà sur l’ORE, et nous avons l’intention d’accueillir plus tard dans l’année dans la forêt de Die tous les décideurs intéressés pour leur montrer notre site pilote. 

Le rewilding en France prend de l’ampleur, à mesure que les efforts de conservation s’orientent vers des paysages plus sauvages et plus sains, restaurent les processus naturels et renforcent la coexistence avec la faune sauvage, contribuant ainsi à garantir que l’homme et la nature puissent s’épanouir ensemble. 

 

« Nous considérons la forêt de Die comme un site pilote pour démontrer que laisser la nature mener sa propre régénération est viable, efficace et économiquement avantageux, ce qui a déjà été démontré ailleurs. Au fil du temps, l’objectif est également de montrer que la libre évolution présente d’importants avantages écologiques dans les forêts », explique Olivier Raynaud, directeur de Rewilding France. « Nous espérons qu’en mettant en place cette ORE à Die, d’autres municipalités seront inspirées à adopter la même approche. »

 

Vercors et montagnes en fond d'une forêt en fin d'automne
Photo aérienne en début d’automne de la hêtraie-sapinière sur le plateau de Vassieux-en-Vercors, en espérant que la forêt communale de Die soit le début d’un processus de régénération forestière dans les Alpes du Dauphiné.
Antoine Charny-Brunet

 

Rédacteur : Aurélien Giraud
Rewilding France