Forêt communale de Die

Antoine Charny-Brunet

Forêt communale de Die

La commune de Die prépare sa forêt au changement climatique

Rewilding France accompagne les élus de la commune de Die dans leur réflexion en faveur d’un modèle de gestion favorisant la régénération naturelle. Cette étape pragmatique vers une gestion forestière davantage axée sur la nature associe la mise en « libre évolution » à une sylviculture plus douce.

Un site à fort potentiel écologique

Une hêtraie-sapinière

La commune de Die possède une forêt communale très productive de 432 hectares sur le plateau du Vercors, gérée exclusivement par l’Office national des forêts (ONF) à travers l’exploitation forestière, la plantation et l’entretien des chemins forestiers, tandis que la ville s’occupe de la location des droits de chasse. Quelques épicéas et érables complètent cette forêt dominée par les hêtres et les sapins blancs.

Située sur le plateau du Vercors

Le site de renaturation est situé dans le sud-est de la France, à Vassieux-en-Vercors, dans le Parc naturel régional du Vercors, réputé pour la diversité de ses habitats et sa faune abondante, notamment de loups, cerfs, chevreuils et chouettes de Tengmalm. 

Vue du flanc de la forêt de Die

Une forêt d’altitude

Même si les pratiques de gestion passées ont permis une certaine régénération de la forêt, le réchauffement climatique fera nécessairement remonter les strates de végétation. L’augmentation inéluctable des températures ne permettra pas à cette hêtraie-sapinière située entre 1000 et 1500 mètres d’altitude de se développer dans les décennies à venir. Ce constat nous a conduit à envisager un nouveau modèle de gestion qui laisse plus de place à la régénération naturelle du site.

Les élus locaux misent sur la biodiversité 

Des discussions ont été initiées dès 2022 par des élus de Die, à l’initiative du groupe de travail forêt de la commune. Parmi les participants figurait Éric Belvaux, alors adjoint au maire, qui a joué un rôle clé dans la conclusion de l’accord.

Constance Le Lay

« En tant qu’élus, nous défendons une vision selon laquelle la forêt n’est pas seulement une ressource à court terme, mais un patrimoine vivant que nous avons le devoir de transmettre aux générations futures. Nous sommes convaincus que la résilience de notre forêt face au changement climatique dépendra du renforcement de son caractère naturel et de la libre expression des processus naturels. Notre objectif n’est pas de « protéger pour le simple plaisir de protéger », mais plutôt de trouver une approche équilibrée qui profite à la fois à l’écosystème et à la commune. » 

Une Obligation Réelle Environnementale (ORE) sur 60 ans

Nous avons co-signé une Obligation Réelle Environnementale (ORE) avec la commune de Die en mars 2025. Ce contrat juridiquement contraignant couvre les 60 prochaines années sur l’ensemble des 432 hectares, divisant la forêt en deux zones distinctes : celles en libre évolution (environ 90 hectares), et celles en sylviculture douce (le reste). Ces contraintes seront donc inclues dans les trois prochains plans d’aménagement de la forêt établis par l’ONF, gestionnaire de la forêt communale.

Daphné Beriot / Rewilding France

 

Dans la zone de quiétude (environ 80 hectares) et dans les îlots de sénescence (environ 10 hectares)

Près du quart de la superficie totale de la forêt est ainsi réservé à la libre évolution. L’exploitation forestière et la plantation sont totalement suspendues. Un accord avec la fédération de chasse a également permis d’exclure ces zones de leur périmètre de chasse. Les îlots de sénescence sont disséminés dans la zone de sylviculture pour constituer des refuges pour la faune sauvage et des habitats établis.

 

Dans la zone de sylviculture douce (environ 340 hectares)

Un nouveau modèle de gestion est ainsi mis en place pour permettre de promouvoir la biodiversité dans une zone où l’exploitation forestière et la plantation sont permises et encadrées. L’ONF devra laisser sur place tout le bois mort sur pied et au sol, les souches sur pied et une plus grande densité d’arbres habitats.

 

Un suivi participatif régulier pour documenter l’évolution du site

Nous documentons de manière rigoureuse l’évolution de nos sites de renaturation afin de suivre l’évolution de la fonctionnalité de l’écosystème du fait de ces nouvelles pratiques de gestion. Notre premier diagnostic fixe l’état initial de la forêt, puis nous reviendrons tous les trois à cinq ans sur les différentes placettes afin de pouvoir suivre dans le temps les différents impacts des mesures contenues dans l’ORE.

Nous utilisons quarante placettes parmi la centaine de placettes permanentes déjà mises en place par l’ONF pour leur suivi décennal afin d’uniformiser au maximum nos deux bases de données.

Nous organisons nos suivis de manière participative en faisant appel à des naturalistes et à des bénévoles locaux.

Le suivi de l’abroutissement

Ce protocole évalue l’impact des herbivores sur la régénération forestière.

Pour chaque jeune pousse d’arbre de 5 à 120 cm, nous relevons :

  • les signes récents d’abroutissement
  • l’état du bourgeon terminal
  • les dommages à l’écorce
  • l’âge de deux rameaux, que l’on peut estimer par le comptage des cicatrices de bourgeons qui servent d’indicateurs inverse de l’intensité de broutage.

Nous relevons en relevant, pour chaque individu (entre 5 et 120cm), les signes récents d’abroutissement, l’état du bourgeon terminal, les dommages à l’écorce et l’âge de deux rameaux, ce dernier étant estimé par le comptage des cicatrices de bourgeons et servant d’indicateur inverse de l’intensité du broutage. L’âge moyen des rameaux est ensuite calculé à l’échelle de l’arbre et de la placette, tandis que le rapport hauteur/diamètre renseigne sur la croissance et la forme des jeunes arbres.

Le premier suivi a été réalisé en mai 2026 et sera à nouveau reconduit dans trois ans.

Le suivi de la structure forestière

Ce protocole identifie, qualifie et dénombre, quant à lui, la diversité d’essences d’arbres, de dendromicrohabitats, de bois morts et de régénération. Nous évaluons également la couverture forestière.

Chaque placette est composée d’un premier cercle de rayon de 10 mètres, dans lequel nous appliquons ce protocole aux arbres ayant un tronc de diamètre à hauteur de poitrine (DHP) supérieur à 10 cm, ainsi que d’un second cercle de rayon de 20 mètres, auquel nous n’appliquons ce protocole qu’aux arbres ayant un DHP de plus de 50 cm.

Le premier suivi a été réalisé en juin et en juillet 2026 et sera reconduit tous les cinq ans.

Le suivi ornithologique

Ce protocole identifie et dénombre la présence d’oiseaux sur 36 points d’écoute de cinq minutes répartis sur les différentes placettes.

Le diagnostic de l’état initial a débuté aux mois d’avril et mai 2026 par des naturalistes locaux, dont la LPO, et sera complété au printemps 2027.

Les autres suivis envisagés

Nous prévoyons également de faire un suivi des populations chiroptères au printemps 2027, là encore grâce à l’aide de naturalistes passionnés, de poser des capteurs de micro-climats (température et humidité relative) fin août 2026, de poser des caméras-pièges à l’été 2027 et de faire suivre par un entomologue, si les demandes de financement le permettent, les populations de syrphes, bio-indicateurs de l’état de maturité et de sénescence de la forêt. Enfin, une prise de vue par drône complètera ce dispositif et permettra de suivre l’évolution des trouées.

 

Premier suivi collectif de la structure forestière de la forêt communale de Die, effectué en juillet 2026.
Aurélien Giraud - Rewilding France

 

Vivre le site à l’année

Un autre volet de cette initiative consiste à rénover une cabane forestière appartenant à la ville et situé au cœur de la forêt. Grâce au soutien financier du Parc naturel régional du Vercors et de la municipalité et grâce à la participation d’associations locales de défense du patrimoine historique et culturel vassivain comme VESPA, la cabane sera transformée en un espace de rencontres d’où partira un sentier pédagogique qui permettra aux visiteurs, randonneurs et groupes scolaires de mieux comprendre cette approche de gestion forestière « plus proche de la nature » en France. Le sentier serpentera autour de deux de nos îlots de sénescence. 

 

La cabane des Trois Frères est située sur la seule plaine de la forêt, une grande clairière baignée de lumière.
Aurélien Giraud / Rewilding France

 

Nous avons également réalisé un marquage sur toutes les zones en libre évolution (zone de quiétude et îlots de sénescence) pour que les agents forestiers, bûcherons, promeneurs, cueilleurs de champignons et autres usagers puissent repérer correctement ces zones.